Association SOS nuisances 4 voies ferrées : une page de l’histoire du bas Cenon se tourne

Bordeaux – Paris en deux heures  ? Les voyageurs s’en réjouissent. Les travaux de la LGV ont pourtant profondément modifié plusieurs quartiers dans le bas Cenon . Durant quinze ans, des riverains, organisés en associations dont « SOS nuisances 4 voies ferrées » se sont mobilisés pour défendre leurs droits et lutter contre les nuisances des chantiers. L’ouvrage à présent terminé, l’association de défense des riverains a décidé de se dissoudre. Et… d’offrir le solde de sa trésorerie au groupe scolaire Camille Maumey.

La suppression du bouchon ferroviaire

Avant 2011, les trains ne circulaient que sur une seule voie par sens. Cette situation créait un goulet d’étranglement, appelé « bouchon ferroviaire », qui entraînait une saturation du trafic et empêchait son développement. Une contrainte incompatible avec l’arrivée programmée de la LGV. La suppression de ce bouchon passait par le doublement des voies et la création de nombreux ouvrages d’art important comme que le pôle multimodal de Cenon, assurant la connexion des TER avec la ligne A du tramway. Un chantier de grande envergure dont les travaux se sont échelonnés effectués entre 2005 et 2016, piloté par Réseau Ferré de France (RFF devenu SNCF Réseau). Avec un impact énorme sur une grande partie du bas Cenon.

Des riverains impactés et mobilisés

Le 25 mars 2003, les habitants du cours Victor Hugo sont invités par la Mairie à une réunion publique d’information. Le soir même, ils se constituent en association de défense des droits des riverains. «    Nous avons tout de suite réalisé que pour nous faire entendre, il fallait se regrouper    », commente quinze ans plus tard la présidente (de 2003 à 2010) Pascale Sanchot. «    Nous n’étions pas contre le projet, qui de toute façon se ferait avec ou sans nous. Mais nous avions des inquiétudes légitimes. Celles notamment d’être ignorés, non respectés. Nos préoccupations portaient sur les expropriations, le relogement à l’identique, la perte de la valeur des biens mobiliers, les nuisances liés aux chantiers et au trafic ferroviaire. Soutenus par la Mairie, nous assistions aux réunions mensuelles tenues par RFF, la Préfecture, les bureaux de suivi de chantier.    »

La lutte s’intensifie, des amitiés se créent

Manifestation du 12 mai 2007 pour défendre les droits des riverains du chantier RFF

Manifestation du 12 mai 2007 pour défendre les droits des riverains du chantier RFF

En avril 2007, c’est la stupeur    : RFF annonce que les nouvelles voies seront construites sur le versant Est, induisant les destructions de l’école maternelle, la Maison de quartier,  25 habitations et l’amputation de 35 autres terrains. Les façades de maisons se drapent du slogan    : «     riverains méprisés, Cenonnais sacrifiés     ». Les habitants défilent dans les rues et se font entendre lors de l’inauguration du pôle multimodal, le 3 septembre 2007.

Manifestation du 12 mai 2007 pour défendre les droits des riverains du chantier RFF

Manifestation du 12 mai 2007 pour défendre les droits des riverains du chantier RFF

Manifestation du 12 mai 2007 pour défendre les droits des riverains du chantier RFF

Manifestation du 12 mai 2007 pour défendre les droits des riverains du chantier RFF

«     L’association a servi à canaliser la colère des riverains    », poursuit Pascale Sanchot. «    Nous avons fait des manifestations, mais qui n’ont jamais débordé, ne se sont jamais traduites par des actions violentes, tel que le blocage des trains par exemple. Paradoxalement, j’ai adoré cette période, car cette lutte nous a soudés. Les portes des maisons se sont ouvertes, nous nous recevions mutuellement, des amitiés sont nées.    » En 2010, Pascale Sanchot, à son tour expropriée, quitte Cenon et cède la présidence de l’association à Claude Boyer.

2010 – 2015   : l’épreuve des chantiers, le suivi des dossiers…

«    A mon arrivée, il nous restait à surveiller le suivi des dossiers de relogement, d’indemnisations », se rappelle Claude Boyer «

2011 : le chantier RFF avance, les nuisances augmentent, les riverains agissent

2011 : le chantier RFF avance, les nuisances augmentent, les riverains agissent

Et surtout c’était la période des gros travaux. Un défilé quotidien de 90 camions, la boue, la poussière, les clôtures défoncées, les travaux de nuit…

Pour les riverains, ça a été cinq années très pénibles, au point que certains regrettaient de ne pas avoir été expropriés. Au fil des réunions avec RFF, nous avons réussi à obtenir des améliorations   :  la surveillance nocturne des chantiers, le nettoyage des camions avant d’emprunter nos rues, des bons de nettoyage pour nos voitures, le nettoyage de nos clôtures de maison au Karcher… En soi, des petites choses, mais qui faisaient du bien au moral ».

Dissolution et transmission au bénéfice des élèves du quartier

Claude Boyer poursuit : «  Les travaux à présent terminés, l’association n’avait plus lieu d’être. Le 30 octobre dernier, l’assemblée générale a proclamé sa dissolution. Comme il nous restait des cotisations en caisse. Nous avons souhaité que cet argent reste dans le quartier et qu’il retourne aux familles, qui quinze ans durant, nous avaient soutenus.    »

L'association SOS nuisances 4 voies reverse le solde de ses cotisations aux écoles Camille Maumey élémentaire et maternelle

L’association SOS nuisances 4 voies reverse le solde de ses cotisations aux écoles Camille Maumey élémentaire et maternelle

 

En présence, de Pascale Sanchot, la présidente fondatrice de l’association, de riverains et d’anciens élèves du groupe scolaire.

Le 1er février dernier, une délégation de l’association dissoute s’est rendue au groupe scolaire Camille Maumey pour remettre deux chèques de 1633 euros à M Dubourg, directeur de l’école élémentaire, et à Mme Rozié, directrice de la maternelle. Tous deux ont remercié les membres de l’ancienne association, appréciant ce geste   : «   … Source d’amélioration dans le quotidien des élèves… 3266 euros donc, un montant important réparti en fonction du nombre d’élèves dans chacune des écoles et qui sera investi dans du petit matériel et des sorties sur plusieurs années.   »

Si vous voulez vous (re)mettre dans la peau de (jeunes) riverains de ce méga chantier,  regardez « Silence fluo », un poème vidéo dont la réalisation a été coordonnée par une maman d’élève de l’école Camille Maumey, Candice Pétrillo, du collectif d’artistes Zébra3:

Silence Fluo from Zebra3 Buy-Sellf on Vimeo.

Canell' et aussi là : https://www.zebra3.org/silence-fluo—2013

 

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