Commémoration du 8 mai 1945 : recueillement, hommages, exposition, livre…

P1010856Dimanche dernier, la cérémonie du 71ème anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945 a rassemblé de nombreuses Cenonnaises et Cenonnais autour de plusieurs temps forts dont l’inauguration de la rue René Versproumy…

Rassemblement au cimetière Saint Romain, à la stèle de la déportation et de la résistance, inauguration de la rue René Versproumy, hommages au monument aux morts, présentation d’une exposition sur la déportation, du nouvel ouvrage d’Alain Porchet… C’est mon amie Marine qui a assuré le reportage photos et Danielle qui a rassemblé les informations… Pour que celles et ceux qui n’ont pas pu venir se recueillir, puissent s’associer en pensée à cette cérémonie.

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La ville de Cenon, son Maire, Alain DAVID et le Conseil Municipal organisent les cérémonies commémoratives en étroite collaboration avec les associations d’anciens combattants : Comité du Souvenir Français de Cenon, Comité FNACA, Comité d’Entente des Anciens Combat­tants et Victimes de Guerre, présidé par Jacques Chapa.

Un rituel nécessaire pour honorer, préserver et transmettre la mémoire de ceux qui ont combattu pour défendre la République et des victimes de guerre. Ces cérémonies permettent aussi aux jeunes générations de réfléchir aux enjeux des conflits du XX° siècle ainsi qu’aux valeurs de la République défendues par le monde combattant.

Ce 8 mai, la France a commémoré le 71e anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Signée en deux temps, la capitulation de l’armée du Reich a mis fin à un conflit qui fit plus de 36 millions de morts sur le continent.

A Cenon, la cérémonie a commencé dès 9h45 par un premier rassemblement au cimetière Saint Romain où furent déposés des bouquets au mémorial des « enfants de Cenon morts pour la France » puis autour de la stèle de la déportation et de la Résistance, dans le parc de la Mairie.

Les porte-drapeaux au cimetière Saint Romain

Les porte-drapeaux au cimetière Saint Romain

Recueillement au mémorial des « enfants de Cenon morts pour la France »

Recueillement au mémorial des « enfants de Cenon morts pour la France »

Le cortège , guidé par les porte-drapeaux s’est ensuite dirigé vers l’Ecole Camille Maumey qui porte le nom de ce jeune instituteur, militant pour la paix et contre le fascisme, emprisonné en 1934 pour avoir déclaré  « Les peuples devraient refuser de s’entre-tuer pour des intérêts qui ne sont pas les leurs », arrêté en novembre 1940 avec d’autres militants communistes et fusillé le 24 octobre 1941 à 34 ans au camp de Souge.

La nouvelle rue, créée entre la voie ferrée et l’école maternelle, porte désormais le nom d’un autre résistant cenonnais, fait prisonnier et déporté dans les camps de concentration d’Oranienburg-Sachsenhausen : René Versproumy. Après le dévoilement de la plaque à son nom, hommage lui fut rendu au Monument aux morts par sa fille, Jeanne Versproumy Juilliat qui évoqua la terrifiante déportation de son père (lire son texte tout en bas), par sa famille et par toute l’assemblée réunie.

La famille de René Versproumy déporté dans dans les camps de concentration d’Oranienburg-Sachsenhausen de mai 1943 à mai 1945

La famille de René Versproumy, déporté dans dans les camps de concentration d’Oranienburg-Sachsenhausen de mai 1943 à mai 1945

"Hommage à mon père" par Jeanne VERSPROUMY JUILLIAT

« Hommage à mon père » par Jeanne Versproumy Juilliat

Message de M. Jean-Marie Todeschini, Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la défense chargé des anciens combattants, lu par le Maire

Message de M. Jean-Marie Todeschini, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la défense chargé des anciens combattants, lu par le Maire

Le Maire a lu le message de M. Jean-Marie Todeschini, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la défense chargé des anciens combattants et de la mémoire P1010908et la jeune Marine Audinette a lu le message de l’UFAC (Union Française des Associations de Combattants et de Victimes de Guerre).

Jeunes aussi les sapeurs-pompiers de la section Benauge, incarnant l’engagement citoyen au service des autres . Hommage et recueillement étaient accompagnés par les musiciens de l’école de musique et son directeur, Franck Dijeau.

Franck Dijeau et les musiciens de l'Ecole de musique

Franck Dijeau et les musiciens de l’Ecole de musique

 

Retour ensuite vers la Mairie.

Là, en rez de chaussée du bâtiment des services techniques, les participants ont découvert en exclusivité le nouvel espace Simone Signoret qui sera inauguré en septembre prochain.

Roland Boisseau, professeur d’histoire, Président des Amis da la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Gironde, y a présenté l’exposition « la fin du système concentrationnaire : le retour à la liberté des déportés ». 30 panneaux sobres et passionnants racontent en textes et en images la fin de l’industrie de mort mise en œuvre par le régime nazi.

Alain David, Maire et Roland BOISSEAU, professeur d'histoire, Président des Amis da la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Gironde

Alain David, Maire et Roland BOISSEAU, professeur d’histoire, Président des Amis da la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Gironde

Alain David, Maire et Alain PORCHET, Cenonnais écrivain-biographe

Alain David, Maire et Alain PORCHET, Cenonnais écrivain-biographe

Alain PORCHET, Cenonnais écrivain-biographe, a présenté son deuxième ouvrage sur les combattants cenonnais « Cenon à l’heure allemande 1940 – 1944 ».

Chants patriotiques et de résistance par la chorale Soleil d'Automne

Chants patriotiques et de résistance par la chorale Soleil d’Automne

Et avant de partager le verre de la convivialité, la chorale Soleil d’Automne dirigée par Gérard PRUVOST a interprété chants patriotiques et de résistance…

L’exposition « la fin du système concentrationnaire : le retour à la liberté des déportés » est visible à la Médiathèque Jacques Rivière jusqu’au 21 mai.

HOMMAGE A MON PERE, 

à l’occasion de l’inauguration de la rue portant son nom dans le bas Cenon près de l’école Camille Maumey .

Il est né le 26 mai 1925 à Floirac, quelques années plus tard, il arrive à Cenon. Ses parents attendaient d’avoir une maison, ce fut le cas à proximité du monument aux morts de Cenon, un logement de fonction de l’usine St Gobain. Ses années scolaires, de la maternelle au certificat d’études se déroulèrent à l’école Camille Maumey .

Son premier job fut de vendre de l’essence près de l’école Jeanne d’Arc, à la station de M. Stolpner avenue Jean Jaurès. Ensuite il a travaillé quelque temps à l’usine Belliard où il fabriquait des boulons.

En 1943, il décida de partir avec un ami à la frontière espagnole pour rejoindre le Maquis. (…) Mon père n’a pas eu le temps de franchir la frontière, car il a été pris de suite, il est parti en prison au fort du Hâ à Bordeaux, où il est resté quelques jours.

De mai 1943 au 20 mai 1945, il est parti vers l’ENFER des camps de concentration à Oranienburg-Sachsenhausen, il avait près de 18 ans. D’après ce qu’il a pu me dire, car il n’aimait pas en parler. Imaginez à 17 ans quand vous vous retrouvez au four crématoire à brûler les morts amassés autour de vous. Les mots sont insuffisants à côté de ces atrocités au quotidien.

Son pyjama à rayures porte le numéro 66386 et tous les jours pendant sa déportation un Allemand lui disait : « demain tu vois ce sera ton numéro, ce sera ton tour, c’est moi qui te brulerai et mon pauvre père passait des nuits horribles et tous les jours c’était les mêmes visions inoubliables et génocides.

Un jour il vit arriver une Kapo avec un gradé Allemand, tous deux plaisantaient et d’un seul coup l’Allemand haussa le ton de demanda à la femme de se déshabiller tout de suite ; elle croyait à une plaisanterie, mais lui resta ferme et sévère et lui ordonna à nouveau de se déshabiller, ce qu’elle fit. Mon père ne devait pas répondre. L’Allemand tira une balle dans la tête de cette femme et il demanda à mon père de la brûler sur le champ.

Mon père très jeune et complètement désorienté ne sachant que faire, menacé lui aussi, a dû s’exécuter. Il apprit par la suite que cette femme avait essayé de faire évader quelques prisonniers de cet enfer. (…)

Deux années 2 mois et quelques jours se sont écoulés, toujours sous la menace de cet Allemand qui disait invariablement chaque jour « demain c’est ton tour », mais mon père s’était fait une raison, tant pis, advienne que pourra…

Quand enfin vint la libération, il n’osait pas sortir, quand les portes de leur baraque se sont ouvertes, où ils étaient entassés, ils sont enfin sortis avec à jamais en eux les traumatismes de cette terrible période.

Ce fut un père extraordinaire, très proche de ses enfants. Il n’aimait pas trop parler de ses souffrances, mais nous, curieux, nous lui demandions toujours de raconter pour satisfaire notre curiosité. Malgré les épreuves endurées, il était très sociable, il chantait tout le temps surtout des chansons du répertoire de Luis Mariano.

Par la suite quand l’usine La Bordelaise ferma, il travailla quelques temps à l’usine Saint Gobain situé quai de Brazza. C’est là qu’il a fini sa vie professionnelle.

Il nous quitta beaucoup trop tôt à 56 ans, fatigué, usé par le manque de tout dans sa jeunesse, bien que nous lui ayons donné tout l’amour familial dont il avait cruellement souffert dans sa jeunesse. Le passé d’une telle épreuve ne peut être oublié et doit être connu des jeunes générations pour ne plus subir de telles souffrances.

Il a connu l’enfer, maintenant il est au paradis, c’est le juste retour des choses !

MAI 2016 ,  Jeanne VERSPROUMY JUILLIAT

 

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