Samedi 10 mai, 11H: ensemble pour commémorer la traite des Noirs, l’esclavage et leurs abolitions

Marie Laure Piroth et six collégiens de Jean Zay lisent  textes sur l'esclavage, le racisme, la ségrégation sur le parvis de la mairie

Marie Laure Piroth, professeure de lettres et six collégiens de Jean Zay

Inès, Axelle, Adam, Samantha, Tasmine et Arthur, collégiennes et collégiens de Jean Zay ont fait chavirer le coeur des personnes rassemblées sur le parvis de la mairie, avec leurs mots fervents inspirés des textes de Maryse Condé, d’Angela Davis, de Joséphine Baker… 
Les mots d’autres poètes ont irradié les discours de cette cérémonie du 10 mai* qui s’attache à garder vive la mémoire d’un crime contre l’humanité.
Mais sur mon blog, j’ai le droit de changer l’ordre protocolaire…Alors, priorité à la parole des jeunes !
Marie Laure Piroth, professeure de lettres au collège Jean Zay :
« Inès, Axelle, Adam, Samantha, Tasmine et Arthur , élève au collège Jean Zay, vont vous lire des textes qu’ils ont écrits et que d’autres de leurs camarades ont écrits en ateliers d’écriture dans mon cours de français. Ils ont visité le Bordeaux nègre avec Karfa Diallo. Les élèves ont imaginés ce que pouvaient vivre des hommes, des femmes, des enfants subissant l’esclavage, la ségrégation. et le racisme Je vous remercie et je suis fière des institutions françaises qui permettent à ces élèves de participer aux commémoration de l’abolition de l’esclavage. Et je remercie les élèves…. »

Jean Zay lisent des textes sur l'esclavage et la ségrégation

Inès, Axelle, Adam, Samantha, Tasmine et Arthur, collégiennes et collégiens de Jean Zay
Accompagnés par quelques notes de guitare basse, leurs jeunes voix ont porté avec sincérité et détermination des mots d’effroi et d’espoir avec une bouleversante intensité .

« Deux personnes de couleur blanche m’appelle esclave, négrillon mais moi, je ne m’appelle pas comme ça.
Je ne comprends pas.
Ils appellent mes parents nègres.
Et mes parents sont enchaînés comme moi »

« Ce sont des actes criminels d’enlever les hommes, femmes, enfants de leur pays, peuple, maison (…) »

« C’est la brutalité de ces hommes sauvages qui poussa les esclaves à la cruauté et ils décidèrent de se révolter en attaquant le bateau. Nous avons perdu 3 de nos hommes mais la révolte continua jusqu’à la nuit tombée. »

« Ce commerce berce les richesses
de ses chefs
au chargement
d’une contenance négrière.
Attaché à des chaines,
ce peuple de couleur
Pleure
à l’heure du chargement.
Ils pensent
sans que leurs carences
n’arrêtent leurs danses.»

Jean Zay lisent des textes sur l'esclavage et la ségrégation

6 collégien-nes de Jean Zay lisent des textes sur l’esclavage et la ségrégation

« Arrivée en Guadeloupe, je me mis à pleurer car mon âme en peine mourut. »

« Je me sens honteuse.
Les hommes et les femmes comme elles rêvent de liberté et d’égalité.
Alors que des Blancs les brisent à cause de leur couleur .»

« Un beau jour je mis au monde une petite fille, elle n’était ni noire, ni blanche, mais …METISSE. Un mélange de moi et d’un maître blanc qui avait comblé ses plus sombres désirs en moi. Cette fille était un miracle, une faveur du ciel. Je ne voulais pas lui dire que son père était l’horrible homme qui nous battait, nous les nègres. Mon cœur était rempli d’espérance, de voir un jour le bateau qui nous avait amenés revenir nous chercher. Mon cœur chavirait entre l’amour que je porte pour mon enfant et la haine que je portais en la voyant se casser le dos dans les plantations. »

Jean Zay lisent des textes sur l'esclavage et la ségrégation

« Et malgré tout, malgré vos sous-entendus quand je passais dans la rue devant vous, malgré vos préjugés, votre avis déjà conçu sur nous : que par une couleur, une peau nous valons moins. Je tenais, à travers ce bout de papier, ce morceau de feuille arrachée, comme une partie de moi, un bout de mon cœur, de ma dignité que vous m’ôtiez quand vous m’insultiez à vous dire le fond de mes pensées : et oui ça vous étonne la négresse à la peau sombre sait tenir un stylo et aligner des mots. Sachez que la négresse a la peau sombre et les idées claires et qu’elle n’a pas d’accent. Premièrement, parce que je suis-je suis née ici en France comme vous. Alors pourquoi me rejetez-vous ? La France est un peu mon pays d’adoption, elle m’a nourrie, éduquée comme vous. Alors pourquoi essayez-vous de me faire croire que ma place n’est pas ici ? Parmi vous les blancs ? Ne sommes-nous tous pas égaux ? Sortis des entrailles de nos mères n’avons-nous pas tous marché sur quatre pattes au matin de nos vies ? Quelle est la différence entre nous à part une couleur ? Je défendrai ma cause et réussirai autant qu’une blanche peut le faire. »

rassemblés sur le parvis de la mairie pour commémorer l'abolition de l'esclavage
C’est donc sur le parvis de la mairie de Cenon qu’ Alain David, Maire et Karfa Diallo Président du mémorial de la traite des Noirs ont accueilli les participants à la cérémonie de cette 9ème commémoration sur le parvis de l’hôtel de ville.
Au milieu des personnalités officielles; Michel Delpuech, Préfet d’Aquitaine, Malick Ndiaye, Ministre-Conseiller du Sénégal,  Michèle Delaunay, Députée  de la Gironde,  Mbaye Lo Tall, Consul Général du Sénégal à Bordeaux, Thomas Wolf, Consul Général des USA à Bordeaux,  Olivier Dugrip, Recteur de l’Académie de Bordeaux…  et Marie Laure Piroth, et six de ses élèves. Ce petit groupe motivé a travaillé son intervention dans le cadre  d’un projet au long cours, labellisé par l’UNESCO : Ecoles du monde sur la Route de l’esclave, en partenariat avec le Musée Victor Scoelcher de la Guadeloupe

Discours d'Alain David Maire de Cenon

Discours d’Alain David Maire de Cenon

Des mots d’Aimé Césaire dans le discours d’Alain David :  Extraits
« Mes premiers mots sont extraits du discours prononcé le 21 juillet 1945 par Aimé Césaire à l’occasion de la fête traditionnelle dite de Victor Schoelcher.
« Le 27 avril 1848, un peuple qui depuis des siècles piétinait sur les degrés de l’ombre, un peuple que depuis des siècles le fouet maintenait dans les fosses de l’histoire, un peuple torturé depuis des siècles, un peuple humilié depuis des siècles, un peuple à qui on avait volé son pays, ses dieux, sa culture, un peuple à qui ses bourreaux tentaient de ravir jusqu’au nom d’homme, ce peuple-là, le 27 avril 1848, par la grâce de Victor Schoelcher et la volonté du peuple français, rompait ses chaînes et au prometteur soleil d’un printemps inouï, faisait irruption sur la grande scène du monde.
Et voici la merveille, ce qu’on leur offrait à ces hommes montés de l’abîme ce n’était pas une liberté diminuée ; ce n’était pas un droit parcellaire ; on ne leur offrait pas de stage ; on ne les mettait pas en observation, on leur disait : “Mes amis il y a depuis trop longtemps une place vide aux assises de l’humanité. C’est la vôtre.”
Et du premier coup, on nous offrait toute la liberté, tous les droits, tous les devoirs, toute la lumière. Eh bien la voilà, l’œuvre de Victor Schoelcher. L’œuvre de Schoelcher, ce sont des milliers d’hommes noirs se précipitant aux écoles, se précipitant aux urnes, se précipitant aux champs de bataille, ce sont des milliers d’hommes noirs accourant partout où la bataille est de l’homme ou de la pensée et montrant, afin que nul n’en ignore, que ni l’intelligence ni le courage ni l’honneur ne sont le monopole d’une race élue. […]
Je forme le vœux que cette mise en commun des récits et des mémoires permette à tous les héritiers de cette histoire d’extirper les causes profondes du racisme et d’agir contre toutes les formes d’asservissement et ainsi de ne jamais oublier notre devise Liberté, Egalité, Fraternité… »

Discours de Karfa Diallo, Président du mémorial de la traite des Noirs

Discours de Karfa Diallo, Président du mémorial de la traite des Noirs

Des mots de Jean de la Ville de Mirmont ont refermé le discours de Karfa Diallo :
« …Garantissons et promouvons notre héritage pluriel. Résistons à toutes les formes d’exclusion et de discriminations. Edifions d’innovantes solidarités. Comme celles que chantait le jeune poète bordelais, Jean de la Ville de Mirmont, tombé sur le front de la 1ère guerre mondiale le 28 novembre 1914 à Verneuil sur le Chemin des Dames :
« La mer vous a rendus à votre destinée,
Au-delà du rivage où s’arrêtent nos pas.
Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;
Il vous faut des lointains que je ne connais pas.
Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.
Le souffle qui vous grise emplit mon cœur d’effroi,
Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,
Car j’ai de grands départs inassouvis en moi. »

Discours de Michel Delpuech, Préfet d'Aquitaine

Discours de Michel Delpuech, Préfet d’Aquitaine

Discours de Michel Delpuech, Préfet de la région Aquitaine : extraits
 » … Nous songeons aux souffrances endurées, aux déportations brutales, aux humiliations subies, aux violences infligées et à la cohorte innombrables des morts anonymes. Et nous disons qu’il est juste et nécessaire de ne pas oublier, occulter cette douloureuse réalité. Mais ce n’est pas seulement ces blessures profondes que la République veut rappeler aujourd’hui. Dans le même temps nous honorons la longue lutte qui a permis d’abolir la traite et l’esclavage. Nous en honorons les acteurs, célèbres ou inconnus, humanistes blancs ou esclaves noirs. Leur combat plus que tout autre a illustré la quintessence de notre devise, Liberté, égalité, fraternité….
Avec cette journée du 10 mai, notre pays assume son histoire dans une mémoire partagée. L’ignorance ou la négation d’une part de la mémoire nationale est source de souffrance. La concurrence des mémoires si on l’attise est source de division, voire de haine. Mais le partage des mémoires, dans la diversité des regards portés sur une même histoire, avec ses zones d’ombres et ses traits de soleil, ce partage fait œuvre d’unité et de cohésion. C’est le sens de cette journée de commémoration… »

minute de silence après le dépôt de gerbes

Des fleurs et du silence

En écho aux textes et discours, aux voix des jeunes et à celles des poètes, il y eut des fleurs déposées en gerbes, un silence partagé puis la musique et le chant : « Laisse aller mon peuple / let my people go».

3 musiciens de la chorale Ntoyigospel chantents Let my people go !

Let my people go !

Interprété par Franck, Herman et Gislain, musiciens et chanteur de la chorale de Gospel Ntoyigospel,  « Go down Moses », ce chant d’espoir fut doucement repris par toute l’assemblée.

l'assemblée réunie sur le parvis

Rassemblés et recueillis

Une altière « Liberté noire guidant le peuple », tableau de la jeune artiste Anouk Goulière, réinterprétation tonique du tableau d’Eugène Delacroix, colorait le lieu de la cérémonie.

 Bientôt sur ce blog, l’intégralité des textes des collégiens de Jean Zay

art.1 « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité ».

*Le 10 mai est la « journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition » depuis 2006.
Cette journée nationale a été choisie sur proposition du comité pour la mémoire de l’esclavage (rapport 2005).
Ainsi que l’indiquait le Président de la République dans son allocution du 30 janvier 2006, le 10 mai « honore le souvenir des esclaves et commémore l’abolition de l’esclavage ».
La France est le premier Etat et demeure le seul qui à ce jour ait déclaré la traite négrière et l’esclavage « crime contre l’humanité », elle est également le seul Etat à avoir décrété une journée nationale de commémoration. Le 10 mai évoque la déclaration de Louis Delgrès en 1802 et marque aussi le jour de l’adoption à l’unanimité par le Sénat, en deuxième et dernière lecture de la loi de 2001, rapportée par Christiane Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme un crime contre l’humanité.

Pour en savoir plus:

www.comite-memoire-esclavage.fr
www.fondationdumemorialdelatraitedesnoirs.com/

 

 

 

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