« Un air dans la tête »: le beau spectacle qui fait valser ensemble souvenirs, chansons et générations

Le 30 mars dernier, l’Espace Culturel Signoret accueillait « Un air dans la tête », en final du Printemps des poètes 2018. Un spectacle choral, documentaire et poétique, à l’initiative du CCAS. Un voyage dans le temps à travers les souvenirs de huit aîné.e.s. .de Cenon et les chansons qui les ont accompagné.e.s. Au-delà du spectacle (très réussi !) , c’est bien le chemin inventé pour y parvenir, l’aventure vécue collective et intergénérationnelle  qui valent d’être mis en lumière

Intégrer des personnes, recueillir leurs souvenirs et leurs airs favoris…

Fabrice Ducourt dirige des chorales d’adultes, des ateliers théâtre, poésie et chant avec des seniors de Cenon, pour le Centre Communal d’Action Sociale. « Je souhaitais cette année intégrer des personnes que l’on n’a pas l’habitude de voir car ayant moins de facilité à se déplacer. L’idée était de réaliser avec elles des entretiens à leur domicile pour qu’elles nous racontent les événements marquants de leur vie et quelles chansons les symbolisaient le mieux. » Ils sont huit seniors âgés de 65 à 90 ans à lui avoir confié ces instants gravés à jamais en eux. La période des souvenirs et des airs à fredonner s’étend de 1935 à 2018. « Des personnes ont choisi de parler de maintenant plutôt que de leur passé ! »

Des générations se mêlent et agissent en choeur

Le projet s’est construit en un an, au gré de rencontres à domicile, avec la venue sur place d’une chorale, d’ateliers , d’échanges, de visites sur les lieux de répétitions du théâtre ou de la musique, puis à l’Espace Signoret, lors d’une semaine de résidence « comme des pros » du 26 au 30 mars.

« Les six membres de l’atelier théâtre-poésie incarnent sur scène la vie de celles et de ceux qui se sont raconté.e.s, . Et eux aussi ont écrit des textes. Ils voulaient des moments poétiques. Une dame m’a dit : ce monsieur parle du Portugal, j’aimerais moi aussi écrire un texte sur le Portugal. C’est intéressant ! Une relation s’est créée entre chaque personne confiant ses souvenirs et son interprète. »

La chorale des agents de la ville de Cenon et  l’ensemble vocal Poly-Sons (20 personnes entre 40 et 80 ans) ont rejoint le projet :  «  il y a bien en tout 40 participants. Celles et ceux qui ne se sentaient pas capables ou n’avaient pas envie d’être sur scène sont intégré.e.s sous forme de voix off. »  

Le 30 mars, devant une salle comble, « Un air dans la tête » sonnait juste et touchait au cœur… Mixant en un spectacle multimédia et polychrome,  sobres lectures de bribes de vies, chansons douces et chansons amples, saynètes rondement interprétées, chœurs mélancoliques et be bop endiablé, humour et gravité, poèmes et ritournelles…  Un beau spectacle, profond et vivifiant. Bravo et merci mesdames et messieurs qui, ensemble l’avaient créé, enrichi, peaufiné, répété, interprété et offert ! Le public debout applaudit !

Récits de vies et musiques associées (extraits)

Christiane, Georges et les autres… Ils, elles racontent un lieu, une ambiance, un éclat d’enfance, une sensation, un siècle, le meilleur comme le tragique. Et puis, il y a ces musiques, ces chansons dans lesquelles chacun, chacune a puisé du sens à sa vie.

C’est d’ailleurs comme ça que l’on s’est rencontrés à la chorale de la SNCF

Christiane F. : « En 1936, j’avais à peine 2 ans mais j’imagine le bonheur que devaient être ces premières vacances : pouvoir partir, voyager. Voyager, moi, j’adorais ça, surtout en train. Avec mon mari, on l’a souvent fait. C’était facile, il travaillait à la SNCF. C’était une de nos passions communes. L’autre, c’était le chant. C’est d’ailleurs comme ça que l’on s’est rencontrés à la chorale de la SNCF. On avait une vingtaine d’années et 2 ans après notre rencontre, on s’est mariés à l’église Sainte-Marie de la Bastide. Un de mes plus beaux souvenirs. L’orchestre de la SNCF est venu jouer, sûrement du Wagner que mon mari adorait. La musique classique a continué à nous accompagner. Mon préféré ? Mozart. »

En 40, on a accueilli de nombreux réfugiés, peut-être une centaine…

Georges L. : « En 1940, j’avais 10 ans, ma mère est morte. Mon père est parti pour entrer en résistance. C’est ma grand-mère qui m’a élevé. 1940, avant l’arrivée des Allemands dans la région. On avait une grande propriété de 2 hectares et demi pour l’horticulture, en haut de Cenon, juste à côté du cimetière ! À l’époque, il y avait peu de maisons. Donc, en 40, on a accueilli de nombreux réfugiés, peut-être une centaine. On a vidé nos réserves pour ne pas que les Allemands en profitent. C’était un petit acte de résistance peut-être un peu désespéré ! »

La Libération, les cloches de Notre-Dame de Paris.

Christiane F : « Mon père venait d’acheter un poste TSF. Ce jour-là, ma mère m’a prise dans ses bras et m’a fait écouter ces cloches à la radio. Après 4 années de guerre, c’était une délivrance. Acheter un poste à l’époque, c’était un événement, c’était précieux. Mon père, pour éviter que l’on y touche, l’avait mis sur une étagère. Je me mettais dessous et j’écoutais les chansons des Compagnons de la chanson, de Piaf et d’Yves Montand comme : Les grands boulevards, Les feuilles mortes, et À bicyclette !  »

 « On allait au bord de la  mer… »

Georges aime aussi Ferré, Brassens, Brel. Et Jean Ferrat : « Il racontait les autres, parfois les petites gens. J’aimais sa voix grave, profonde. Une des chansons que j’ai aimée de suite : La montagne…C’est la nature qui vous arrive de partout. ». Et aussi : « Avec mes parents en 1938, on a passé nos vacances à Arcachon. Se baigner, jouer sur le sable, marcher le soir sur la promenade toute illuminée, s’arrêter devant la charrette du glacier, regarder les beaux bateaux en bois sur le bassin… Un bon souvenir et, vous savez, à l’époque, le m2 valait 10 sous ! ». Georges a choisi la chanson de Jonas, toujours elle le remue : « On allait au bord de la  mer… »

 J’aime tous les chanteurs de maintenant : Amir, Bénabar, M’Pokora. »

« Moi, quand j’étais petite, la musique, on n’en écoutait pas. Mes parents avaient un commerce, cela leur laissait peu de temps pour autre chose. Alors chanter ! Je ne me rappelle pas les avoir un jour entendu chanter. Mais vous savez, si enfant, je n’écoutais pas beaucoup de musique, maintenant je me rattrape ! J’aime tous les chanteurs de maintenant : Amir, Bénabar, M’Pokora. »

Et mon Portugal est devenu ce qu’il est encore maintenant, un très beau pays.

« 1962, c’est l’année de mon arrivée en France pour travailler parce qu’au Portugal d’où je viens, à l’époque, dans les années 50-60, si tu n’allais pas à l’église, tu ne trouvais pas de travail ! Le pouvoir et l’église étaient très liés… Avec Salazar au pouvoir, le Portugal était une dictature. Il a fallu attendre 1974 avec la Révolution des œillets pour voir enfin s’installer la démocratie. Et mon Portugal est devenu ce qu’il est encore maintenant, un très beau pays. Donc, me voilà en France en 1962, à Tours d’abord, puis très vite à Bordeaux. J’ai trouvé du travail sur des chantiers, puis quelques mois dans un hôtel (j’étais maître d’hôtel au Portugal), puis, de nouveau des chantiers. On prenait ce qu’il y avait comme boulot ! Puis, j’ai pu faire venir ma femme et mes 3 enfants. 1er appartement à Saint-Pierre… pas de baignoire, pas de douche. Alors, pour remplacer, j’ai récupéré une poubelle et on s’en servait pour laver les enfants ! »

La musique à la maison ? : « Ma femme chantait le fado aussi bien qu’Amalia Rodriguez. Des Américains l’ont même faite venir pour leur mariage dans un grand château du Médoc. À l’époque, elle a gagné 1000 Francs, une très grosse somme ! Moi je gagnais à peine 500 Francs ! »

 

Un DVD retracera toutes les étapes de cet épatant projet. A lire aussi  mi mai dans TEMPO 40, le magazine municipal d’information et à écouter sur smartphone et tablette via sa version appli (CENON TEMPO téléchargeable gratuitement sur Play store et Apple store.

Partenaires du projet : la Ville de Cenon avec le CCAS (Pôle animation seniors, ateliers théâtre et poésie, service de proximité) et l’Espace Simone Signoret/ l’association Atout Chant/ la chorale des agents de la Ville/ l’Ensemble vocal Poly-Sons/

 

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4 réponses à « Un air dans la tête »: le beau spectacle qui fait valser ensemble souvenirs, chansons et générations

  1. Très bel article qui retrace très bien le cheminement et l’aboutissement de ce projet auquel nous avons pris beaucoup de plaisir à participer. Pouvons-nous publier ce bel album photos dans la galerie de notre site ? (le lien y figure déjà)

    • Canell dit :

      Merci :) Bien sûr, vous pouvez publier les photos sur votre site. Le blog de Canell’ est un espace de valorisation et de partage !

  2. Couderc georgette dit :

    très bel article , nous avons pris un reel plaisir a faire cette prestation , car ce sont des des histoires vecus a une époque très difficile .
    Merci a Fabrice qui nous entrainne et nous oblige à aller au bout de nous même

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